Ce n’est sans doute pas une phrase que vous avez lue ou entendue souvent. Et non seulement, c’est vrai mais en plus j’espère que bientôt vous aussi l’affirmerez haut et fort : “le purin, c’est de la balle intersidérale !”

Mais qu’est-ce qu’elle bave encore ? De quoi s’agit-il exactement ? Ces dernières années, nous avons pu profiter au potager des bienfaits de certaines plantes de nos régions pour en soigner d’autres. Et oui, jardiner sans recourir à des produits de synthèse, c’est d’abord bien concevoir ses cultures -associations, rotations etc- et assurer un suivi idéalement quotidien : observer avec attention et constater les évolutions mais aussi réagir promptement le cas échéant. Parmi les réactions possibles, un petit coup de purin peut parfois vous sortir du pétrin. Il en existe une liste incroyable. Je compte me limiter dans ce premier épisode et ses suites aux quelques plantes que nous avons eu l’occasion de tester nous-même au jardin et décidé de garder dans notre arsenal de lutte biologique. Si vous avez d’autres recettes favorites et efficaces, n’hésitez surtout pas à les partager en commentaire sous cet article sur le site. On est toujours preneurs de bonnes idées éprouvées !

La recette de base des purins est on ne peut plus simple : il s’agit de laisser macérer plus ou moins longtemps les plantes coupées dans l’eau avant de filtrer le mélange à utiliser par trempage, arrosage ou pulvérisation. Comprenez donc qu’il s’agit de solutions écologiques mais aussi accessibles (plantes répandues) et très économiques (matériel très limité et réutilisable très longtemps).

Attention, pour rappel et contrairement à ce que l’on entend souvent, ‘naturel’ ne signifie pas ‘inoffensif’ : les purins sont de véritables trésors à condition de bien les doser. Si vous utilisez directement ces préparations sans les diluer, attendez-vous à de mauvaises surprises : celui d’ortie, par exemple, est si puissant qu’il brûlera irrémédiablement vos plantes si vous ne le diluez pas. Vérifiez donc toujours précautionneusement la concentration indiquée pour la plante et l’usage souhaité.

buisson d'orties

Infos complémentaires et petites astuces utiles pour la plupart des purins :

  • La température extérieure influence la durée du processus de fermentation : plus il fait chaud, plus la fermentation est rapide. Il est néanmoins préférable de laisser macérer le mélange à l’abri de la pluie et à l’ombre.
  • 157713Pour éviter les impuretés (végétales, animales, extraterrestres et autres), n’hésitez pas à protéger l’ouverture du récipient choisi à l’aide d’un matériau respirant (du tissu par exemple).
  • En coupant la plante en morceaux au départ, on facilite à la fois le processus de fermentation et le filtrage au terme de la macération.
  • Il est favorable de remuer régulièrement le mélange, si possible quotidiennement.
  • La fermentation peut être considérée comme terminée quand il n’y a plus de bulles qui remontent à la surface.
  • Bien filtrer l’ensemble du mélange et ne pas hésiter à mettre les restes de plantes sur le compost. L’ortie est aussi un activateur de compost, incroyable, non ?
  • À l’abri de la chaleur, de la lumière et de l’air, les purins peuvent même se conserver plusieurs années mais je n’en vois personnellement pas l’intérêt (comme pour la plupart des ressources végétales d’ailleurs) puisque de nouvelles plantes fraîches poussent chaque année !

Premier exemple pratique : l’ortie, l’une de mes chéries et l’un des grands classiques.

Il suffit de laisser macérer une à deux semaines 1kg d’ortie fraîche entière coupée en petits tronçons (comprenez racines comprises) dans 10 litres d’eau (environ deux semaines à 20°C). Il est préférable de récolter ces orties avant la floraison pour éviter les plantes montées en graines (si vous avez le choix, mieux vaut donc préparer le purin au printemps).

Un sac en tissu peut s’avérer utile et renfermer la plante choisie pour filtrer plus aisément le mélange au terme de la fermentation mais on peut aussi tout à fait plonger directement la plante dans l’eau. Autre astuce, il faut éviter les récipient en métal non émaillé pour éviter toute réaction chimique indésirée lors de la fermentation.

ortieAprès 3 à 4 jours de macération, le futur purin d’orties devrait se mettre à fermenter. Malgré l’odeur fétide du mélange, cette action de bactéries et autres micro-organismes est absolument naturelle et permet la décomposition des matières organiques. Si cet aspect olfactif du processus vous dégoûte vraiment (mais pas obligé-e-s de mettre le récipient en question sous votre fenêtre non plus, hein), sachez que les infusions d’ortie ou la teinture mère d’urtica dioïca (son nom latin) auront un effet similaire sans l’inconvénient de l’odeur.

Remuer quotidiennement dans le récipient depuis le début de la fermentation permet d’en repérer la fin : dès qu’il n’y a plus de bulle (généralement après 10 à 15 jours), le purin est prêt à être filtré. On retire le sac ou on passe dans un fin tamis. La préparation se conserve au mieux dans des contenants en plastique ou en verre, au frais, à l’abri de la lumière.

Le résultat ainsi obtenu est riche en azote et en fer, sa teneur en phosphore est limitée. Il se combine fort bien avec celui de consoude que j’aborderai prochainement. Pour les curieux qui voudraient en savoir encore plus sur l’ortie, n’hésitez pas à consulter le très intéressant et complet ‘L’ortie une amie qui vous veut du bien‘.

Une fois le purin d’ortie prêt et embouteillé, il est temps de parler de ses applications et de ses dosages :

  • Activation du compost : arrosage régulier de purin dilué à 1/10 pour accélérer le processus.
  • Activation des graines : trempage 12h des semences dans un purin dilué à 1/20
  • Bouturage : tremper 1 minute le pot contenant les boutures dans du purin dilué.
  • Idem pour les plantes en pots que cette démarche stimulera.
  • Engrais : trois arrosages (purin dilué à 1/10)/3 pulvérisations (purin dilué à 1/20) sur les plantations durant la période de végétation, arrosages bimensuels des jeunes plants
  • Insecticide : contre les pucerons purin dilué à 1/10 en pulvérisation sur les feuilles (trois jours de suite) et contre la mouche de la carotte purin dilué à 1/10 en arrosage (tous les 3 jours)

En espérant que ce deuxième article sur l’ortie aura contribué à changer le regard que vous lui portiez peut-être car il s’agit définitivement d’une précieuse alliée !